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Willy Bernard, l’homme pressé

0 23.02.2012 09:51

«Militant quotidien de l’inhumanité, des profits immédiats, des faveurs des médias, moi je suis riche, très riche, j’fais dans l’immobilier, je sais faire des affaires y’en a qui peuvent payer ». Cette saillie presque prophétique signée Bertrand Cantat (1) n’a probablement pas été la source d’inspiration de Willy Bernard. Et pourtant…À l’époque, le jeune homme qui n’avait que 17 ans vénérait une autre idole : le sulfureux homme d’affaires et ex-président de l’OM, Bernard Tapie. Comme lui, l’adolescent a grandi dans un quartier populaire. Celui des Sablons, une ZRU du Mans où Béatrice Dalle et Steevy Boulay ont usé leurs fonds de culottes.Famille nombreusePère ouvrier chez Renault, maman caissière chez Carrefour, Willy Bernard est l’aîné d’une fratrie de quatre enfants. Famille nombreuse, famille heureuse. « C’était bien, rapportait-il en 2006 à nos confrères du Maine Libre. L’été, on partait en vacances dans le Sud et sur la côte Ouest ».Comme Tapie, aussi, le jeune Sarthois a toujours été un peu fâché avec l’école. Et déjà, Willy Bernard s’y définit comme un leader et rêve de devenir chef d’entreprise. Le Bac ES lui passe sous le nez.«J'aime aller vite»Qu’importe : il file en BTS en alternance. « J’avais un contrat de qualification en alternance, raconte-t-il. Je démarchais des sociétés pour placer des personnes en difficulté d’insertion ».Mais Willy Bernard songe déjà à accélérer le rythme. Lors d’une foire au Mans, il croise la route du directeur régional d’une société leader sur le marché de la fenêtre.La porte s’ouvre. Il arrête alors sa 2e année et s’engouffre dans la brèche. « J’aime aller vite, plus vite que les autres, c’est la vie, déclarait-il en 2008. Si je voulais rester en place, j’aurais fait dans le fonctionnariat ».200 salariésRapidement, le monde du travail lui donne des idées. Il convainc deux amis de monter une entreprise dans le secteur… des fenêtres. Pour rassembler les fonds, il revend sa Clio Williams. En 2000, avec 23 000 €, les trois associés créent AB Fenêtres (ainsi nommée pour apparaître en première position dans les Pages Jaunes). L’entreprise ne cesse de se développer. Elle emploiera plus de 200 salariés, dégagera plus d’un million d’euros de bénéfices et sera même cotée sur le second marché boursier.En 2002, M6 lui consacre un reportage dans son magazine Capital dans une spéciale « Riche à 20 ans ». La chaîne signe ainsi sa mise sur orbite. Tout semble réussir au gamin des Sablons. Mais voilà : son ascension sociale fulgurante couplée à une attitude totalement bling bling font de lui la bête noire de l’establishment manceau. Ses costards Smalto striés façon gangster marseillais, sa Ferrari et ses réceptions au Crillon font jaser. Mais il s’en moque comme de ses premières pantoufles. « Je connais d’autres chefs d’entreprises qui en ont d’aussi belles (des voitures N.D.L.R.) mais qui ne les sortent pas au Mans, c’est tout », rétorque-t-il en 2006 à un journaliste qui l’interrogeait sur son train de vie.Revanche socialeLe succès a beau être au rendez-vous, Willy Bernard, guidé par un désir irrépressible de revanche sociale, en veut encore plus. En 2004, il tente de monter une enseigne d’ameublement censée concurrencer Ikéa. Idéo ne tiendra pas un an. Deux ans plus tard, alors qu’il n’a que 28 ans, il réalise son rêve de gosse en rachetant pour 700 000 € le club de football d’Angers SCO.Il devient alors le plus jeune président d’un club professionnel français. Comme avec le FC Le Mans dont il avait pris les rênes quelques années auparavant, Willy Bernard fait des miracles.Deux années d’enquêteLa fin des années 2000 se déroulera sous des cieux un peu plus hostiles. Chez AB Fenêtres, rien ne va plus. Conflit social, manque de liquidité : l’entreprise est placée en redressement judiciaire, puis liquidée. Une fois encore, le businessman rebondit et lance NextGénération, une boîte spécialisée dans le photovoltaïque dont il est toujours le patron.Le début du nouveau millénaire ne se passera pas beaucoup mieux. Après deux années d’enquête, les policiers du SRPJ lui tombent dessus. Début février 2011, Willy Bernard est placé en garde à vue. On lui reproche notamment des abus de biens sociaux et des faux. Son procès aura lieu ce vendredi au tribunal d’Angers. Pas sûr, néanmoins, que cette nouvelle péripétie marque un coup d’arrêt dans l’ascension vertigineuse du jeune Manceau qui, tel un félin des affaires, a toujours montré qu’il était capable de retomber sur ses pattes.(1) Chanteur du groupe de rock français Noir Désir.Jean-Philippe COLOMBETSuivez le procès en direct ici

 

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