Chacun a une bonne raison de courir le cross du Courrier de l’Ouest.
Photo archives Le Courrier de l'Ouest
08:43
Mercredi 06 nov 2013

Angers. Le cri d’une mère après le cross

Le cross du Courrier de l’Ouest et de la Ville d'Angers - Espace Anjou, est un terrain de jeu où les enjeux dépassent le sport, parfois. Monica, en 1992, est un émouvant souvenir de cross.

Mercredi 11 novembre 1992. A bout de souffle, Monica court dans tous les sens et parle de même. Elle vient de gagner mais c’est une femme éperdue qui s’égare dans le méli-mélo de ses pensées. Sept mois plus tôt, elle a perdu un enfant alors qu’elle était partie s’entraîner. Souvenirs douloureux d’un moment bouleversant. Verbatim.

« Mon Dieu ! Mais pourquoi ai-je gagné ? Qu’est-ce que je fais là ? Non, je ne veux pas monter sur le podium. Je n’aurais pas dû être dans cette course. Je vais vous expliquer. J’ai perdu un petit garçon, le 12 avril dernier. Nous sommes venus pour lui. Mon mari m’a dit : ce sera peut-être le déclic, ça te fera repartir. Vous savez, il faut être costaud pour ne pas déprimer après un truc comme ça. J’étais tellement heureuse d’avoir ce petit garçon, treize ans après Sébastien.

Le 6 avril, j’étais folle de joie. J’avais couru le semi-marathon de Challans en 1 h 29 min 30 s je m’étais qualifiée pour les championnats de France. Vous vous rendez compte  ? Trois mois après mon accouchement ! J’étais tellement heureuse de lui rapporter la coupe…

« Je l’ai fait pour Edouard, pas pour la gloire »

" Ça s’est passé six jours plus tard. Nous étions partis nous entraîner, mon mari et moi. Il était mort quand nous sommes rentrés.

Mais ce n’est pas la faute de Sébastien ni la faute de personne. La mort subite du nourrisson, il y a 1,8 % de bébés qui en sont frappés.

C’est pour ainsi dire ma première course aujourd’hui. Nous avons fait Auray-Vannes, mais ça n’a pas marché. Nous voulions courir le cross des familles, mais il faisait mauvais sur l’île d’Yeu. Sébastien est resté. J’ai couru pour Édouard.

Je me suis laissé avoir au départ ; j’étais dans les dernières. Mais je me suis dit : tu ne dois pas rester à cette place, tu dois remonter, pour lui. Je vous assure : je n’ai pas fait ça pour la gloire. Je voulais me sauver, partir. Non, non, ne parlez pas de moi ! En tout cas, essayez de me comprendre.

Mais où est mon mari ? C’est grâce à lui que j’ai gagné. Vous savez, c’est par le sport qu’on peut arriver à s’en sortir dans mon cas. On est peut-être plus battants que les gens qui n’en font pas. Peut-être que cette course va m’aider à repartir. Je l’ai fait pour Édouard, pas pour la gloire, vous comprenez ? Où est mon mari ? Ah ! Mon Dieu, qu’est-ce qui m’arrive ? Mais pourquoi est-ce que je suis tombée sur un journaliste ? Au revoir, Monsieur ».