Un médecin au chevet de la Banque mondiale

La diplomatie mondiale vient de subir comme un léger séisme. Ni économiste, ni diplomate, le Dr Jim Yong Kim – un médecin et anthropologue américain d’origine sud-coréenne - vient d’être nommé à la tête de la Banque mondiale. Cette institution, fondée en même temps que le Fonds monétaire international (FMI) à la fin de la Seconde Guerre mondiale, était pourtant jusqu’alors la « chasse gardée des économistes », nous explique le Dr André Prost, actuellement administrateur du Fonds mondial pour les vaccins (GAVI) Fund Affiliates.

André Prost connaît bien Jim Yong Kim, qu’il a côtoyé lorsqu’ils étaient l’un et l’autre, en poste à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le Dr Kim dirigeait les programmes de lutte contre le SIDA et le Dr Prost pour sa part, était en charge des relations avec les gouvernements et le secteur privé. C’est-à-dire qu’il gérait alors, l’essentiel des budgets de l’OMS. A ses yeux, cette nomination traduit une réorientation des activités de la Banque mondiale vers la lutte contre les inégalités.

« Jim Yong Kim est un type généreux, ouvert, extraverti. Il a payé de sa personne en soignant gratuitement des malades dans des dispensaires tout au long de sa carrière. Il connait bien le terrain », décrit André Prost. Apparemment, rien ne destinait ce médecin de 52 ans à ce poste prestigieux. « Il est issu du monde des organisations non-gouvernementale (ONG) religieuses. Il a notamment fondé ‘Partners in Health’ avec Paul Farmer. Cette ONG est engagée pour le traitement des malades du SIDA en Haïti, et pour des réseaux de santé efficaces au Pérou. Il détonne donc totalement dans le milieu diplomatique international », ajoute André Prost. Pourtant, cette nomination si elle a surpris de nombreux acteurs de la scène internationale, pourrait offrir une nouvelle impulsion à l’institution.

Lutter contre les inégalités

« Nommer un candidat surprise à ce poste, c’est un pari sur l’avenir de la part du président Barack Obama », souligne André Prost. En effet, Jim Yong Kim était LE candidat du président américain, avec le soutien de Jeffrey Sachs, un économiste du développement « qui a beaucoup poussé le système international vers l’objectif de la réduction de la pauvreté », souligne-t-il. Un pari basé sur les faits d’armes de ce dernier, comme doyen du Dartmouth College dans le New Hampshire. En effet, « il a été le seul à orienter l’OMS vers le traitement contre le SIDA. Jusqu’alors les membres de l’Organisation pensaient que cela coûterait trop cher. Il a notamment lancé le programme ‘3 by 5’ selon lequel il fallait atteindre 3 millions de malades en traitement en 2005 », raconte le Dr Prost. « Et cela a fonctionné… même si l’objectif a été atteint en 2007 ou 2008 », ajoute-t-il.

Ce non-conformiste a donc prouvé qu’il était capable de faire bouger les lignes. Et en tant que médecin, il va sans nul doute réorienter la World Bank vers des valeurs plus sociétales. Jusqu’à présent, tous les présidents de la Banque étaient des hommes politiques issus du gouvernement américain comme Robert Mc Namara et Robert Zoellick, ou encore des avocats. « Jamais un profil de technicien du développement n’avait été retenu », souligne André Prost.

« Même si la Banque mondiale affirme que les Objectifs de Développement du Millénaire sont remplis, les efforts vont se poursuivre. Notamment en termes de lutte contre la mortalité infantile et maternelle », note le Dr Prost. Mais surtout, « Jim Yong Kim va opérer un recentrage sur la lutte contre les inégalités entre les sexes, entre le Nord et le Sud, entre les riches et les pauvres... ». Cette nomination ‘surprise’ est donc porteuse d’espoir. Le nouveau président de la Banque mondiale prendra ses fonctions le 30 juin prochain. « Sur le plan de la santé, les choses risquent de bouger sérieusement », se réjouit André Prost.

 

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