Tabac : 73 000 morts par an en France… et pas de politique efficace

« Médiocre ». Voilà comment Didier Migaud, Président de la Cour des comptes a qualifié l’action de la France dans la lutte contre le tabac. Durant la présentation de son rapport – pas encore publié - L’évaluation des politiques publiques de lutte anti-tabac ce matin à l’Assemblée nationale, il a mis en lumière le manque d’informations des Français. Il n’a surtout pas hésité à dénoncer « 10 années d’actions insuffisantes » menées par l’Etat. Un constat sévère repris par les associations de lutte contre le tabagisme.

Le tabagisme est de loin la première cause de décès évitables en France. Saisie par l’Assemblée nationale, la Cour des comptes fait état de « 73 000 morts par an en France ». Pour Didier Migaud, le calcul est rapide : « Cela fait 200 morts par jour. En comparaison, l’alcool est responsable de 30 000 décès par an et les suicides, 10 000 ». Citant un sondage IFOP, le Président explique « que les risques sont toujours mal appréhendés par la population : Un Français sur deux estime entre 600 et 6 000 le nombre de morts par an dus au tabac… » On est loin du compte.

Après des années de baisse continue, la consommation de tabac connaît une recrudescence depuis 2011, en particulier chez les femmes, les jeunes et les précaires. « En France, 38% des hommes et 30% des femmes fument » A titre de comparaison, seuls 20% des Britanniques en font de même.

Pas de politique claire

Didier Migaud qualifie en outre de « médiocre, la position internationale de la France en matière de lutte. Bien sûr en 2004, la France a été le premier pays européen à ratifier la Convention Cadre de lutte contre le tabac de l’OMS. Mais depuis, la volonté de l’Etat à fléchi. On ne constate pas de véritable politique dédiée, les acteurs sont dispersés, les objectifs ne sont pas clairs. Huit ans après cette ratification, les lignes directrices ne sont pas appliquées ».

Définir des objectifs

Selon le Président de la Cour des comptes, « l’action de l’Etat devrait être redéployée en faveur de la prévention et aide à l’arrêt. Les réglementations à visée sanitaire comme la vente aux mineurs ou le fait de fumer dans les lieux publics sont en effet défaillantes. Par ailleurs une augmentation des prix conséquente aura les effets attendus ».

Enfin Didier Migaud pointe les paradoxes des politiques mises en œuvre. « Les moyens de communication, indispensables dans la lutte contre tabac sont 10 fois moins importants que ceux alloués à la sécurité routière. La Cour demande la mise en place d’une campagne pluriannuelle. Sans parler de cette situation paradoxale : l’Etat qui cherche à dissuader les gens de fumer alors que le tabac lui rapporte 15 milliards d’euros par an ».

Un discours dense et direct salué par les associations de lutte contre le tabagisme. Pour le Pr Yves Martinet, Président du Comité national contre le Tabagisme (CNCT), « cette allocution montre bien à quel point nous devon réagir. L’expérience de nombreux pays à travers le monde démontre qu’il n’y a pas de fatalité. Ne pas titrer les enseignements de ce rapport, c’est être responsable de morts évitables ».

Aller plus loin : Retrouvez ici l’intégralité du discours de Didier Migaud.

 

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