Radios dentaires et méningiomes : gare aux amalgames…

Est-il réellement possible que des radiographies dentaires trop souvent répétées favorisent la survenue de tumeurs au cerveau ? C’est l’avis formulé par une équjpe américaine. Ses résultats pourtant, doivent être « interprétés avec prudence » explique le Dr Philippe Rocher, président de la Commission des dispositifs médicaux auprès de l’Association dentaire française (ADF). L’amalgame entre les pratiques américaines et françaises notamment, peut être source d’erreurs d’appréciations.

Des résultats inquiétants ?

Deux types de radiographies sont mis en cause par Elizabeth Claus et son équipe, à l’université de Yale dans le Connecticut : les radios rétro-coronaires utilisées pour le diagnostic d’infection carieuse, et les radios panoramiques. Pour explorer la possibilité d’un lien éventuel de ces examens avec la survenue d’une tumeur au cerveau, les auteurs ont étudié une cohorte de 1 433 patients de 20 à 79 ans qui tous, étaient atteints d’un méningiome. Ces tumeurs d’une méninge précisons-le, sont le plus souvent bénignes et de progression très lente. Un autre groupe de 1 350 sujets en bonne santé a fait office de « contrôle », et tous les participants ont été interrogés sur la fréquence des examens dentaires qu’ils avaient subis par le passé.

Il en est ressorti que la fréquence des méningiomes a été plus élevée (de 40% à 90%) chez les patients qui avaient subi un grand nombre de radiographies rétro-coronaires. Pour les patients exposés à des clichés panoramiques à raison d’une fois par an ou plus, cette fréquence a été multipliée par un facteur de 2,7 à 3.

Ainsi l’Association dentaire américaine recommande-t-elle « de ne pas pratiquer ces examens plus d’une fois par an (voire tous les deux ans) sur les enfants. » Pour les adolescents, elle préconise « un examen tous les 18 mois (voire tous les trois ans) (avec un espacement de) deux à trois ans chez les adultes ».

Un spécialiste français rassure

Pour le Dr Philippe Rocher, tout ceci n’est pas nouveau… et concerne des pratiques qui n’ont pas cours en France. « Déjà en 2004, une étude américaine était parvenue aux mêmes conclusions » insiste-t-il. « De plus, ce travail présente quelques zones d’ombres. Les questionnaires par exemple, étaient auto-administrés. C’est-à-dire que les patients étaient livrés à eux-mêmes pour y répondre. Or si l’on demande à un patient le nombre et le type de radios qu’il a subi ces 20 ou 30 dernières années, il risque de se retrouver à la peine et les résultats pourront être faussés ! »

Notre spécialiste distingue surtout, les pratiques américaines avec celles des praticiens français. « Tout d’abord, les radiographies rétro-coronaires sont très peu pratiquées en France. Aux Etats-Unis, elles sont quasi-systématiques » nous explique Philippe Rocher.

En France, la prescription d’examens susceptibles de délivrer des rayonnements est régie par l’article R. 1333-56 du code de la santé publique. Il stipule que « toute exposition à des rayonnements ionisants (…) fait l’objet d’une analyse préalable. Elle permet de s’assurer qu’aucune autre technique d’efficacité comparable comportant de moindres risques n'est disponible ». Autrement dit, il ne permet pas de systématiser ce type de procédure, et limite par conséquent, le nombre des examens non-justifiés.

« Contrairement aux USA, nous devons respecter toute une procédure de bonnes pratiques de la radiographie » conclut le Dr Rocher. « Un document de 109 pages émis par l’Autorité de Sureté nucléaire (ASN) nous oblige par exemple, à justifier chacun de nos actes radiologiques… ».

 

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