Pilules de 3e et 4e générations : prescription sous surveillance

La plainte déposée à la mi-décembre par Marion Larat contre le fabricant d’une pilule de 3e génération, a provoqué l’inquiétude chez les patientes sous contraceptif oral. Victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC), la jeune femme de 25 ans impute son accident et le handicap qui en résulte à la prise de cette pilule. Selon ses avocats, 30 nouvelles plaintes devraient être déposées début janvier. Une réunion extraordinaire du conseil d'administration de l'Agence nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM) est prévue le 14 janvier au sujet des effets secondaires de ces pilules.

« Les contraceptifs oraux de 3e et 4e générations exposent les femmes à un risque de thrombose veineuse ou phlébite (formation d’un caillot de sang dans une veine) deux fois plus élevé que les pilules de 1ère et 2e générations », rappelait le Pr Dominique Maraninchi, directeur de l’ANSM, dans un courrier adressé aux médecins le 21 décembre dernier. Ce risque reste rare mais potentiellement grave. Si le caillot de sang se détache, il peut notamment provoquer une embolie pulmonaire.

Un risque étranger au tabac

Sur une année, le risque de thrombose veineuse s’établit entre 0,5 et 1 pour 10 000 femmes non-utilisatrices de pilules. Chez les femmes sous pilule de 2e génération, ce risque s’élève à 2 sur 10 000. Il atteint 3 à 4 pour 10 000 chez les utilisatrices de pilules de 3e et 4e générations.

« Les thromboses veineuses sont imprévisibles », rappelle le Dr Christian Jamin, gynécologue à Paris. Si le tabagisme augmente en effet nettement le risque de thrombose artérielle, « la cigarette n’a rien à voir avec le risque de thrombose veineuse. C’est une fatalité ». Toutefois, « il reste faible et inférieur à celui auquel sont naturellement exposées les femmes en cours de grossesse », poursuit-il.

Une prescription réservée aux spécialistes ?

Dans son courrier aux 80 000 professionnels de santé, l’ANSM lançait une mise en garde pour qu'ils revoient leurs prescriptions à la baisse. En effet, la délivrance des pilules de 3e et 4e générations est jugée « excessive » en France par l’Agence. Entre 1,5 à 2 millions de femmes en prendraient aujourd’hui dans notre pays. Pour réduire ce chiffre, l’ANSM envisage de réserver leur délivrance à certains prescripteurs. Or, « restreindre la prescription aux seuls spécialistes est inepte car il n’y a pas assez de gynécologues en France », estime Christian Jamin.

Mais alors, pourquoi prescrire encore les pilules de 3e et 4e générations ? « Certaines patientes tolèrent mieux ces contraceptifs. Ils provoquent souvent moins d’acné », explique le Dr Brigitte Raccah-Tebeka, gynécologue-endocrinologue à l’Hôpital Robert Debré. Et, depuis 2007 déjà, la délivrance de ces contraceptifs est recommandée en seconde intention pour les patientes ne supportant pas les autres contraceptifs. « Dans tous les cas, la prescription d’une pilule, quelle qu’elle soit, doit se faire au cours d’une consultation rigoureuse, après un examen clinique et un interrogatoire fouillés », insiste-t-elle.

En France, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, avait annoncé à la mi-septembre la fin du remboursement par l’Assurance-maladie de ces pilules. Celle-ci ne devait prendre effet qu'à compter du 30 septembre 2013 mais la ministre a annoncé, ce mercredi 2 janvier, une application à compter du 31 mars. Une décision mal perçue par certains spécialistes. « Le déremboursement donne l’impression que ces pilules devraient être interdites. Or recommander la prescription en seconde intention était une décision intelligente. Et pour faire appliquer ces préconisations, il vaudrait mieux investir dans l’information et la formation des médecins généralistes et des sages-femmes », conclut le Dr Jamin.

Aller plus loin : Lisez la lettre de l’ANSM adressée aux médecins.

 

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