Mediator® : le collège d’experts sous le feu des critiques

Depuis le 1er septembre 2011, les patients s’estimant avoir été victimes du benfluorex (Mediator® et ses génériques) peuvent présenter une demande d’indemnisation à un collège indépendant d’experts. Attaché à l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), celui-ci à ce jour, a finalisé l’étude d’à peine 10% des 7 589 dossiers qu’il a reçus. Au total 729 avis ont été rendus : 47 – soit seulement 6% d’entre eux - vont dans le sens de la demande formulée. Pour provisoire qu’il soit, ce constat scandalise certaines associations de victimes.

« Nous sommes conscients que beaucoup de rejets de dossiers sont dus au fait que certains patients les ont constitués seuls. Ceux qui ne présentaient aucune pathologie pouvant être liée au benfluorex ont donc naturellement, été écartés » admet le Dr Dominique-Michel Courtois, président de l’Association d’aide aux victimes de l’isoméride et du Mediator® (AVIM). Ainsi les cas d’hémiplégie, de coronaropathie et de calcifications de valves aortiques ne sont–ils pas recevables.

Pourtant, « avec l’aide de médecins conseils, nous avons monté des dossiers qui semblaient correspondre à ce qui avait été défini par le comité de suivi des victimes du benfluorex » assure-t-il. Il se dit surpris par conséquent, du faible taux d’avis favorables rendus par le collège. « Sûrs de l’étude de nos dossiers, nous pensions obtenir à peu près 80% d’avis favorables. Or nous sommes à 33% pour les dossiers soumis par l’AVIM ». Selon lui, « c’est insuffisant car les règles sont biaisées ».

Des atteintes pas assez graves ?

« Il avait été établi que toute pathologie valvulaire, même de grade 1, ayant un lien avec le Mediator® serait recevable. Or celles-ci ne sont pas prises en compte » s’insurge Dominique-Michel Courtois. Pour Erik Rance, directeur de l’ONIAM, « si les études récentes montrent un sur-risque de valvulopathie de bas grade lié au benfluorex, une partie de la population en développe après 60 ans, indépendamment de la prise de ce médicament. Il est donc compliqué de déterminer si la pathologie est due à l’âge, ou au traitement. Or le collège d’experts doit évaluer un lien de causalité suffisamment certain pour statuer », explique-t-il.

Certaines associations de patients s’émeuvent également de certaines demandes de pièces, qui seraient en fait « impossibles à fournir ». Par exemple, il est demandé de fournir des comptes-rendus d’échographies cardiaques réalisées avant la prise du Mediator®, pour établir l’absence de pathologie avant le traitement. « Cela élimine 60% des dossiers. Car lorsque l’on est en bonne santé, on ne fait pas d’imagerie médicale », note – non sans bon sens…- le Dr Courtois.

Des victimes qui souffrent encore

Ces critères amènent-ils à fixer la barre trop haut ? Erik Rance n’est pas de cet avis. « C’est faux. Il est incorrect de dire que nous exigeons ces échographies », nous a-t-il assuré. « L’absence d’échographie cardiaque avant la prise de benfluorex n’est en aucun cas une cause de rejet du dossier. Bien que seul le collège d’experts soit compétent pour estimer quels éléments manquent pour statuer ». D’ailleurs explique-t-il, « si le collège demande des pièces complémentaires, c’est dans l’intérêt des victimes. Sinon, le rejet serait immédiat. Mais je suis conscient que ces démarches sont pénibles ».

Elles le sont, en effet. Le témoignage d’une victime présumée, atteinte de dysfonctionnement de trois valves cardiaques, le prouve. Elle a constitué son dossier avec l’aide de son cardiologue, le Dr Patrick Dary. Un an plus tard, elle se sent psychologiquement épuisée. « Le comportement de l’ONIAM relève du ‘harcèlement’ » soutient-elle. « On me téléphone régulièrement pour me ‘secouer’. Alors que j’ai répondu à toutes les demandes de pièces complémentaires qui m’ont été faites, on me menace de classer mon dossier sans suite ».

Son cardiologue est « outré, scandalisé. Tout est mis en œuvre pour décourager les gens. Les victimes le sont doublement. D’une part, elles souffrent d’atteintes valvulaires graves, très probablement liées au Mediator® et d’autre part, elles se sentent broyées par le système mis en place », assène le Dr Dary.

Et la polémique n’est pas près de s’atténuer. Ce jeudi 6 décembre, le pneumologue Philippe Hervé a annoncé sa démission du collège d'experts. Il dénonce notamment la « lourdeur » du système et les méthodes d’évaluation des préjudices.

 

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