Recevez gratuitement la lettre d'information générale du Courrier de l'Ouest.
Chaque matin, l'essentiel de l'actu est déjà dans votre boîte mail.

Je m'inscris !

Louis-Marie préfère prier en latin

0 23.04.2013 17:24
Angers, vendredi. Chaque semaine, la chapelle Saint Pie X accueille des messes tridentines.

Angers, vendredi. Chaque semaine, la chapelle Saint Pie X accueille des messes tridentines.

Photo CO - Josselin CLAIR

Agé de 22 ans, Louis-Marie est un catholique décomplexé qui suit la messe en latin, mais qui réfute le mot « intégriste »est un catholique décomplexé qui suit la messe en latin, mais qui réfute le mot « intégriste »

Louis-Marie va à la messe tous les dimanches. A la « vraie messe », comme il dit. Celle que le curé dit en latin le dos à la nef des fidèles. « La langue officielle de l’Église, c’est le latin. Une messe en français, c’est le risque de transformer l’office en un petit repas entre nous. La messe en latin, c’est le renouvellement non sanglant du sacrifice sur la croix », explique l’étudiant en commerce. Sur le sujet, Brassens avait chanté un vers plus irrévérencieux - « Sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde » - mais Louis-Marie n’est pas du genre à plaisanter sur le sujet. Et il en a marre des anticléricaux de tout poil qui foulent au pied ses croyances.
« Génération déconnectée de la réalité religieuse »
Sur le sujet, le brillant étudiant, âgé de 22 ans, n’a guère d’indulgence pour les médias. « L’ambiance délétère qui nous entoure concourt à ce matraquage systématique de l’Église et des catholiques. Ras-le-bol de s’entendre dire que ce qui est ancien est has been, et que ce qui est moderne est bien », dit Louis-Marie qui suivait quand même Benoît XVI sur Twitter.
Quitte à être caricatural, il n’hésite pas à accuser Mai 1968, les programmes d’histoire à l’école, la télévision, la société de loisirs… « Ma génération a été déconnectée de la réalité religieuse de la France. Toute la fresque historique du pays a été détruite » diagnostique-t-il, effaré de constater que Napoléon n’est plus un repère pour ses camarades de prépa. Il accuse aussi le concile Vatican II d’avoir vidé les églises.
Sans doute sont-ils peu nombreux ses copains d’études à connaître les détails de ce texte signé par Paul VI en 1965 et censé ouvrir l’Église au monde et à la société. « J’ai beaucoup étudié le corpus doctrinal de ma religion. Être catholique, ça se vit, ce n’est pas juste le dimanche à la messe », dit ce fils de médecin lyonnais. Sur les questions de société, il démarre au quart de tour : l’avortement, l’euthanasie, les relations sexuelles avant le mariage, il rejette tout en bloc, avec force locutions latines. Et tant pis si ses mots provoquent : « Avec le droit à l’euthanasie, on supprimera des gens pour motifs économiques » ; le mariage pour tous est « la revendication communautaire de quelques gays du Marais qui va ouvrir la voie à la polygamie ». Louis-Marie est un catholique décomplexé qui s’agace pourtant dès que l’on prononce le mot intégriste. « Il faut redéfinir les mots. C’est devenu une insulte. C’est un manque d’ouverture de la part de ceux qui l’emploient. Les intégristes musulmans font tomber les tours, les catholiques veulent rester dans l’intégrité de la foi ».
Depuis quelques mois, Louis-Marie est responsable de la branche jeunesse de Civitas à Angers. Sans peine pour trouver des disciples, il a organisé des manifestations, des campagnes de tractage ou bien des réunions publiques pour s’opposer au mariage pour tous. Jugé trop intégriste, son mouvement a été déclaré persona non grata aux manifestations pour tous qui s’opposent au mariage gay.
Le mouvement d’opposition au texte est le signe, se persuade-t-il, que les idées catholiques reprennent du poil de la bête. « La jeunesse, qu’on a essayé de couper des bases religieuse ou morale, a besoin de nouveaux repères, de structures (…) Si les catholiques apprenaient à connaître leur religion, sa force, son message, tout irait mieux, même l’économie », prêche-t-il.
Pas la peine d’essayer de convertir Louis-Marie à la laïcité, il vous opposera l’encyclique rerum novarum - en latin dans le texte - qui vous laissera comme deux ronds de flans. Lui qui a voté Marine Le Pen au 1er tour de la présidentielle, puis Nicolas Sarkozy, jure ses grands dieux que l’Église a toujours été apolitique. Quitte à prendre quelques libertés avec l’histoire qu’il appelle régulièrement à témoin pour l’ajuster à sa convenance.

William MAUXION

 

inscription à la lettre d'information générale
logo Courrier de l'Ouest

Vous avez aimé cet article ?

Recevez gratuitement la newsletter Courrier de l'Ouest.

Chaque matin, l'essentiel de l'actu est déjà dans votre boîte mail.

Connexion utilisateur
Vous pouvez vous connecter avec votre compte facebook.
Vous pouvez vous connecter soit avec votre nom d'utilisateur assigné, soit avec votre adresse e-mail.
Le champ mot de passe est sensible à la casse.