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L'Angevin Patrice Chéreau, l'école du regard

0 08.10.2013 09:18
FRANCE-CINEMA-CHEREAU-FILES

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FRANCOIS GUILLOT

Bouillonnant, éclectique et singulier, le metteur en scène Patrice Chéreau, mort lundi à l'âge de 68 ans, voulait "raconter de belles histoires ou des contes de fées terrifiants", mais surtout "donner à voir" les liens secrets entre l'art et les émotions les plus intimes.

"J'ai grandi dans les pinceaux, les crayons, et j'ai dessiné très tôt", confiait ce fils d'un peintre et d'une dessinatrice pour expliquer "ce mélange qui me caractérise entre le travail sur les images et le travail avec les acteurs". "Je ne sais raconter les choses qu'à travers moi", ajoutait-il.

+ Patrice Chéreau : " L’Anjou est vraiment le pays de mon enfance"

Avec son regard interrogateur, son corps puissant, il était connu pour son exigence et son énorme capacité de travail. Il avait une manière particulière de diriger les acteurs, mêlée d'intuition animale et d'intelligence profonde des œuvres. Toujours en mouvement, inquiet, il leur chuchotait à l'oreille.

A l'opéra, cet Européen convaincu passait du français à l'allemand ou l'anglais, l'italien ou l'espagnol. Homme secret - "je suis un solitaire, je n'aime pas me répandre" -, il avait le goût des autres: "Je pense que je suis, avec bonheur, la somme de toutes les personnes que j'ai rencontrées".

Des acteurs, bien sûr, mais aussi Richard Peduzzi, son fidèle scénographe, les auteurs Hervé Guibert, Bernard-Marie Koltès ou Hanif Kureishi, les chefs d'orchestre Pierre Boulez ou Daniel Barenboïm, le chorégraphe Thierry Thieû Niang... "Avec Patrice Chéreau, on ne +fait+ pas, on est", disait la mezzo-soprano allemande Waltraud Meier, le comparant à une sonate de Beethoven. Le comédien Pascal Greggory confessait "beaucoup de souffrance et beaucoup d'amour", l'actrice Dominique Blanc résumait: "Il va me demander l'impossible et je ferai tout pour atteindre l'impossible".

Né le 2 novembre 1944 à Lézigné (Maine-et-Loire), cadet de deux garçons, Patrice Chéreau grandit à Paris. Il se passionne pour le cinéma, découvre le théâtre au lycée Louis-le-Grand.

A 16 ans, il monte sur un plateau. Il n'en descendra plus. Il manifeste à Charonne en 1962 contre la guerre d'Algérie, soutient Vaclav Havel à Prague fin 1979, projette "La Reine Margot" à Sarajevo en plein siège, fin 1994. En 2000, l'extrême-droite participe au gouvernement autrichien: il boycotte le festival de Salzbourg.

Cet engagement marque ses débuts au Théâtre de Sartrouville puis son parcours sous les auspices de Giorgio Strehler à Milan puis Roger Planchon à Villeurbanne où "La Dispute" de Marivaux (1973) ou "Peer Gynt" d'Ibsen (1981) font date. La rencontre avec Koltès le bouleverse: de 1982 à 1990, il crée ses pièces ("Combat de nègres et de chiens", "Dans la solitude des champs de coton"...) au Théâtre des Amandiers de Nanterre, jouant aussi Jean Genet ou Heiner Muller et formant une nouvelle génération d'acteurs durant huit années d'effervescence.

Son "Hamlet" marque le Festival d'Avignon en 1988. Il s'éloigne du théâtre après la mort en 1989 de Koltès, fauché comme d'autres amis par le sida. Mais son "Phèdre" triomphera en 2003 et il multiplie les lectures comme "Coma" de Pierre Guyotat. Il ne cesse en réalité de voguer entre les plateaux, parfois comme acteur occasionnel: "Le passage d'un moyen d'expression à un autre est pour moi une nécessité".

Un refus de se laisser enfermer qu'il revendique aussi pour son homosexualité. "J'ai vocation à être universel, à parler de tout le monde. En aucun cas, mon homosexualité ne doit me cantonner à ne traiter que de sujets homosexuels", disait l'auteur de "L'Homme blessé" (2003).

A l'opéra, où la Tétralogie montée avec Boulez pour le centième anniversaire du Festival de Bayreuth, en 1976, l'a rendu mondialement célèbre, il collabore avec Barenboïm ("Wozzeck" en 1992, "Tristan et Isolde" en 2007), Daniel Harding ("Cosi fan tutte", 2005) et Boulez toujours (après "Lulu" en 1979, "De la maison des morts" en 2007).

Il a surtout un désir de cinéma, pour serrer au plus près la réalité des sentiments et des corps. Son premier film, "La chair de l'orchidée", remonte à 1974 et il réalise au total dix longs-métrages dont "La Reine Margot" (1994), primé à Cannes où il préside en 2003 le jury du festival.

Mais faute d'argent il renonce en 2009 à son projet avec Al Pacino sur les derniers jours de Napoléon à Sainte-Hélène. Sa dernière mise en scène, "Elektra" de Richard Strauss, avait été ovationnée en juillet au festival lyrique d'Aix-en-Provence.

 

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