Lanceurs d’alertes : vive opposition de l’Académie de médecine

Amiante, Médiator®, prothèses PIP, autant de scandales sanitaires qui ont défrayé la chronique ces dernières années. Des scandales révélés – souvent de façon informelle - par ce qu’il est devenu habituel d’appeler des « lanceurs d’alerte ». Il peut s’agir de représentants associatifs, de médecins ou de patients. Afin de permettre à ces derniers de se faire entendre sans subir de pressions ni de « mesures de rétorsion discriminatoires à leur liberté d’expression » le groupe Europe-Ecologie-les Verts a présenté au Sénat le 9 octobre, un projet de loi visant notamment à accorder un statut à ces « lanceurs d’alertes ». Cette proposition inquiète vivement l’Académie nationale de médecine.

Si cette dernière reconnaît naturellement « à tous le droit d’alerter », elle n’oublie pas pour autant que « l’alerte tend trop souvent à rester au stade médiatique (…). Or la médiatisation peut créer une confusion avec de véritables expertises ». De façon à peine dissimulée, l’Académie nationale de médecine vise l’étude du Pr Gilles-Eric Séralini sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). Une étude dont certains médias avaient révélé les résultats alarmants… avant même sa publication. « Un ‘statut’ légaliserait la dérive actuelle. Ce qui revient à tromper le public et les décideurs. Légitimer l’alerte au détriment de l’expertise risquerait de faire passer la prise de décision politique avant l’évaluation scientifique ».

L’Académie nationale de médecine demande donc une « reconnaissance de la primauté de l’expertise scientifique » :

L’évaluation des alertes doit pouvoir être menée sereinement sur des bases scientifiques validées ;

L’expertise collective doit être privilégiée afin d'éviter une personnalisation médiatique abusive ;

La déclaration des conflits d'intérêts doit s'imposer de la même façon à tous ceux qui interviennent dans le débat public ;

Enfin l’Académie réitère sa demande de création d’un Haut comité de la science et de la technologie. Proche du Président du Conseil supérieur de l’Audiovisuel, il serait chargé de rendre compte régulièrement de la manière dont les questions scientifiques sont traitées par les acteurs de la communication audiovisuelle.

Une étape franchie

Le 21 novembre 2012 et par 173 voix contre 167, les sénateurs ont adopté -en première lecture et de justesse- la proposition de loi sur la « protection des lanceurs d’alerte et l’expertise indépendante ». Le groupe Europe-Ecologie-les Verts, à l’origine du texte, se félicite de ce résultat. Ne perdons pas de vue cependant qu'il ne s'agit là que d'une première étape, celui-ci devant être prochainement présenté l’Assemblée nationale.

 

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