Il était un foie… la transplantation

Parce qu’il avait dérobé le feu sacré pour l’offrir aux hommes, le titan Prométhée fut condamné par les dieux à avoir chaque jour, le foie dévoré par un vautour… Comme tous les mythes, celui-ci n’est pas dénué de fondement et laisse clairement supposer que les Grecs anciens savaient que le foie avait la capacité de se regénérer... Encore la glande hépatique a-t-elle bien d’autres qualités. Le foie en effet, sécrète la bile, il intervient dans le métabolisme des glucides, des lipides et des protides. Et il joue un rôle primordial d’épuration et de détoxication. Comme pour tout organe vital, les maladies qui l’affectent s’avèrent souvent préoccupantes et nécessitent parfois, le recours à la chirurgie. Si la transplantation hépatique est aujourd’hui une option thérapeutique reconnue, il n’en a pas toujours été ainsi. Le Pr Yves Chapuis, ancien chirurgien transplanteur, membre de l’Académie nationale de Médecine, nous fait partager cette histoire relativement récente.

L’histoire de la transplantation hépatique en effet, prend ses racines dans les années 1960, de l’autre côté de l’Atlantique. Les Etats-Unis alors, sont la Mecque de la greffe de foie… même si ses débuts s’avèrent chaotiques. « En 1963, à Denver dans le Colorado, Thomas Starzl réalise la première greffe de foie. Le receveur en a été un enfant de 3 ans, qui souffrait d’une atrésie –c’est-à-dire une obstruction - des voies biliaires ayant conduit à une insuffisance hépatique » explique notre spécialiste. « Le résultat final fut désastreux. L’enfant est décédé par hémorragie, sur la table d’opération ».

A l’époque, les conditions de prélèvement ou de refroidissement régissant la transplantation d’organes étaient évidemment peu connues. Sans oublier que les médicaments immunosuppresseurs permettant d’éviter le rejet, n’existaient pas. « Cela n’a pas pour autant, découragé Tom Starzl. C’était un vrai cowboy, un fonceur. La même année, il mènera quatre autres tentatives… toutes aussi infructueuses ». Malgré ces résultats piteux, l’aventure de la greffe de foie était lancée.

Les années passent. Nous sommes en 1969, à Louvain, en Belgique. Les Pr Paul-Jacques Kestens et Jean-Bernard Otte réalisent la première transplantation hépatique sur le sol européen. Atteint d’une hépatite B, le patient décèdera un mois plus tard d’une pneumopathie.

Le tournant des années 1970

« S’il est un nom à ne pas oublier, c’est bien celui de Roy Calne » insiste le Pr Chapuis. « C’est à ce professeur de Cambridge en effet, que l’on doit la preuve de l’efficacité de la ciclosporine dans la transplantation d’organes. Il s’agit d’un agent immunosuppresseur qui a permis un essor considérable en prévenant les rejets ». La donne change au début des années 1980, quand « l’accès à la ciclosporine se généralise ! »

1988 : l’année de la bipartition

Les années 1980 touchent à leur fin et sont marquées par une autre découverte décisive. En 1988 en effet, les travaux de Didier Houssin permettent la première bipartition de greffon. C’est en quelque sorte, « la solution d’un foie pour deux. On prélève une partie du foie du donneur, le lobe gauche, que l’on va destiner à un enfant. Le lobe droit, lui, sera transplanté à un adulte. Aujourd’hui encore, cette bipartition représente l’une des principales sources de greffons pour l’enfant ». Soulignons que l’approche a fait école. En 1990, le même Didier Houssin –qui sera plus tard directeur général de la santé - effectuera une autre première. Ce sera la triple transplantation cœur poumon foie, avec les Pr Alain Carpentier et Pr Jean Pierre Couetil, à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris…

Et aujourd’hui ?

Les années 80 donc, auront marqué les premiers succès durables… Dans son rapport « Qui peut accéder à la Transplantation hépatique en 2011 ? », le Dr Audrey Coilly, hépatologue et Chef de clinique au Centre Hépato-Biliaire Paul Brousse de Villejuif, explique : « la transplantation hépatique a depuis complètement révolutionné le pronostic de nombreux patients atteints de maladie hépatique. Une meilleure connaissance des indications, des règles d’attribution des greffons, des techniques chirurgicales, des traitements immunosuppresseurs et de leurs complications a permis une survie des patients greffés qui est maintenant de plus de 85% à 1 an, de plus de 70% à 5 ans et de plus de 65% à 10 ans ». Mais quelles sont ces « indications et ces techniques chirurgicales ? ».

Faire le don de foie…

Aujourd’hui, « le donneur doit être en état de mort encéphalique » explique Yves Chapuis. « Une transplantation avec un donneur vivant au profit d’un enfant, ne pose aucun problème. En revanche, le consensus actuel en France dans le cas d’un donneur vivant pour un adulte, prend la forme du NON. Faire une hépatectomie majeure chez un donneur vivant, c’est lui faire courir des risques ». Et notre spécialiste se souvient : « j’ai connu un jeune adulte qui a donné son foie à son père, souffrant d’une cirrhose alcoolique. Mais il y a eu des complications. Le fils a fait une fistule biliaire. Il a fallu le réopérer, il n’a pu reprendre son travail qu’au bout de 6 mois. Sa femme est partie. Et aucune indemnisation n’est prévue ! »

La transplantation orthotopique : une « technique de base »…

La technique la plus fréquemment employée est la transplantation hépatique orthotopique. Le greffon est implanté en lieu et place du foie malade. Ses indications classiques sont les cirrhoses, qui représentent environ 50% des interventions. Dans environ 25% des cas, la cirrhose est d’origine alcoolique. Elle précède les cirrhoses consécutives à une hépatite virale C, ainsi que les cancers du foie et les hépatites fulminantes.

Bien entendu, des complications peuvent survenir après une transplantation hépatique. Comme le non-fonctionnement du greffon par exemple. Les épisodes de rejets quant à eux, sont contrôlés par la prise de médicaments appropriés.

Le Pr Chapuis rappelle qu’aujourd’hui, « chez l’enfant, le taux de survie à 20 ans dépasse les 80%. Et 70% des familles qui ont perdu un proche acceptent le don de foie… Ce qui est déjà considérable ».

 

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