Grossesses d’adolescentes : accompagnement pour (très jeunes) futures mamans

Avoir un enfant lorsque l’on est soi-même une adolescente et donc « encore un peu » une enfant, c’est aux yeux de certains, une forme d’inconscience. Qu’il s’agisse d’un accident ou d’un réel désir, il arrive que la famille proche s’inscrive aux abonnés absents. La jeune mère est alors livrée à elle-même pour gérer sa grossesse et sa maternité. Heureusement, des structures d’accueil existent pour aider ces (très) jeunes futures mamans à franchir une passe souvent difficile. C’est le cas du centre Anjorrant de Nantes. Entretien avec Dominique Moulet, son directeur.

Moyenne d’âge, 16 ans

C’est le plus souvent par décision judicaire ou dans le cadre de la protection de l’enfance, que ces jeunes filles et leur bébé sont confiés au centre. Si la moyenne d’âge se situe aux alentours de 16 ans, il est déjà arrivé que l’établissement se voit demander de recueillir une pensionnaire de… 13 ans ! « Les problèmes qu’elles rencontrent sont majoritairement d’ordre familial » continue Dominique Moulet. « Elles sont négligées au sein de leur foyer, maltraitées, voire abusées. Si elles nous sont confiées, c’est avant tout pour les protéger, elle et leur enfant. Elles ont souvent des histoires de vie assez lourdes ». Le centre peut accueillir 33 mères et 27 enfants. Cela peut paraître beaucoup, mais il ne s’agit pas d’une structure à vocation locale, ni, même régionale. Les futures pensionnaires ne sont pas uniquement originaires des Pays-de-la-Loire et « notre agrément est national » souligne le directeur d’Anjorrant.

Entrevoir l’avenir

L’objectif d’un établissement comme celui-ci, c’est de donner à la jeune mère tous les moyens de conquérir son autonomie. « Nous essayons de les sortir de leur destin laborieux » explique Dominique Moulet. « La plupart du temps, elles sont très perturbées, déscolarisées... Notre prise en charge doit donc se faire sécurisante, autant pour elles que pour leurs’ enfant ». Crèche, logements privés, formation scolaire et professionnelle, accompagnement dans les démarches administratives et soutien psychologique… ce ne sont là que quelques uns des services proposés par le centre éducatif.

La durée du séjour peut s’étaler de quelques mois… à quatre ans parfois. Un accueil qui se prolonge peut résulter de la conjonction de plusieurs facteurs ; une arrivée très jeune, une fragilité qui perdure, une formation professionnelle qui se prolonge… Les jeunes mamans sont accompagnées en fait, tant que le besoin s’en fait sentir.

Après leur départ, l’établissement continue de les suivre dans leurs démarches pour trouver un logement. « La plupart de nos résidentes réussissent à s’établir » conclut Dominique Moulet. « Nous réalisons régulièrement des enquêtes pour savoir ce qu’elles deviennent. Beaucoup ont trouvé un emploi… et un amoureux ».

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Centre éducatif pour mères adolescentes Anjorrant.

SOPHIE MARINOPOULOS, PSYCHALANYSTE : « NE PAS BANALISER CES GROSSESSES » D’après l’Institut national d’Etudes démographiques (INED), pas moins de 18 000 mineures ont déclaré une grossesse en 2010, en France. Et 4 500 de ces jeunes femmes l’ont conduite jusqu’à son terme. Si aujourd’hui, des téléfilms ou des chansons font de ces jeunes filles des héroïnes, « il ne faudrait surtout pas banaliser cette situation » avertit Sophie Marinopoulos, psychologue clinicienne, psychanalyste à Nantes et auteur de Dans l’intime des mères.

La grossesse, lorsqu’elle survient chez une adolescente, est souvent associée à une certaine misère sociale. Une association qui n’est pas nécessairement fondée, comme l’explique Sophie Marinopoulos. Selon elle en effet, « il est temps d’en finir avec cette idée reçue. Comme si la pauvreté des relations humaines était l’apanage des milieux défavorisés ». Notre spécialiste insiste sur le fait qu’il s’agit de « deux réalités bien distinctes. Il n’est pas rare que des personnes issues de milieux aisés connaissent une grande détresse affective ».

Un manque d’affection… et d’information

Si elle insiste sur le fait que la pauvreté, fut-elle sociale ou intellectuelle, n’est pas nécessairement un critère commun aux jeunes mamans, Sophie Marinopoulos leur reconnaît tout de même des points communs. « Ces jeunes femmes peuvent être dans un grand état de besoin » précise-t-elle. « Le besoin de réparer en quelque sorte, leur propre enfance. Elles pensent que l’enfant à naître pourrait être celui qui réparera leur histoire personnelle, qui n’a pas été équilibrée… Quand il y a eu des manques affectifs graves et répétés, on constate que l’histoire elle aussi, se répète de génération en génération. Comme si la détresse affective pouvait se transmettre. Une jeune fille est maman à 16 ans, sa propre mère l’a été au même âge… »

Le psychanalyste cite également une méconnaissance du sujet, comme le manque d’information sur la sexualité, une absence totale de compréhension de leur corps. « Elles ne savent pas reconnaître les signes d’un début de grossesse et consulteront très tardivement » continue-t-elle. « D’autres en revanche, seront enceintes parce qu’elles auront éprouvé le besoin de transgresser un interdit ».

Sophie Marinopoulos dénonce enfin certaines œuvres de fiction qui, selon elle, banalisent les grossesses adolescentes. « Au cinéma sont sortis des films comme ‘Juno’ ou plus récemment ’17 filles’. Ils font croire aux jeunes filles croire qu’être enceinte à 15 ans, finalement, ce n’est pas bien grave ! » La psychologue clinicienne remarque surtout que ces films oublient un peu facilement la déscolarisation dont sont victimes ces mineures. Mais aussi « la responsabilité d’un enfant alors qu’elles ne sont pas responsables elles-mêmes. Il est donc primordial qu’elles soient entourées et écoutées. Mais la famille n’est pas toujours présente. D’où l’importance des centres maternels, qui malheureusement ne sont pas assez nombreux en France ».

 

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