Grossesses d’ados : « Ne pas les banaliser »

D’après l’Institut national d’Etudes démographiques (INED), pas moins de 18 000 mineures ont déclaré une grossesse en 2010, en France. Et 4 500 de ces jeunes femmes l’ont conduite jusqu’à son terme. Si aujourd’hui, des téléfilms ou des chansons font de ces jeunes filles des héroïnes, « il ne faudrait surtout pas banaliser cette situation » avertit Sophie Marinopoulos, psychologue clinicienne, psychanalyste à Nantes et auteur de Dans l’intime des mères.

La grossesse, lorsqu’elle survient chez une adolescente, est souvent associée à une certaine misère sociale. Une association qui n’est pas nécessairement fondée, comme l’explique Sophie Marinopoulos. Selon elle en effet, « il est temps d’en finir avec cette idée reçue. Comme si la pauvreté des relations humaines était l’apanage des milieux défavorisés ». Notre spécialiste insiste sur le fait qu’il s’agit de « deux réalités bien distinctes. Il n’est pas rare que des personnes issues de milieux aisés connaissent une grande détresse affective ».

Un manque d’affection… et d’information

Si elle insiste sur le fait que la pauvreté, fut-elle sociale ou intellectuelle, n’est pas nécessairement un critère commun aux jeunes mamans, Sophie Marinopoulos leur reconnaît tout de même des points communs. « Ces jeunes femmes peuvent être dans un grand état de besoin » précise-t-elle. « Le besoin de réparer en quelque sorte, leur propre enfance. Elles pensent que l’enfant à naître pourrait être celui qui réparera leur histoire personnelle, qui n’a pas été équilibrée… Quand il y a eu des manques affectifs graves et répétés, on constate que l’histoire elle aussi, se répète de génération en génération. Comme si la détresse affective pouvait se transmettre. Une jeune fille est maman à 16 ans, sa propre mère l’a été au même âge… »

Le psychanalyste cite également une méconnaissance du sujet, comme le manque d’information sur la sexualité, une absence totale de compréhension de leur corps. « Elles ne savent pas reconnaître les signes d’un début de grossesse et consulteront très tardivement » continue-t-elle. « D’autres en revanche, seront enceintes parce qu’elles auront éprouvé le besoin de transgresser un interdit ».

Sophie Marinopoulos dénonce enfin certaines œuvres de fiction qui, selon elle, banalisent les grossesses adolescentes. « Au cinéma sont sortis des films comme ‘Juno’ ou plus récemment ’17 filles’. Ils font croire aux jeunes filles croire qu’être enceinte à 15 ans, finalement, ce n’est pas bien grave ! » La psychologue clinicienne remarque surtout que ces films oublient un peu facilement la déscolarisation dont sont victimes ces mineures. Mais aussi « la responsabilité d’un enfant alors qu’elles ne sont pas responsables elles-mêmes. Il est donc primordial qu’elles soient entourées et écoutées. Mais la famille n’est pas toujours présente. D’où l’importance des centres maternels, qui malheureusement ne sont pas assez nombreux en France ».

 

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