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Angers John Axelrod : « Je quitte l’ONPL reconnaissant » (entretien complet)

0 28.06.2013 08:43
Maestro de l’ONPL depuis trois ans, l’Américain John Axelrod donne son ultime concert vendredi soir à 20 h 30, à l'Amphitéa.

Maestro de l’ONPL depuis trois ans, l’Américain John Axelrod donne son ultime concert vendredi soir à 20 h 30, à l'Amphitéa.

Photo Le Courrier de l'Ouest

Maestro de l’ONPL depuis trois ans, l’Américain John Axelrod donne son ultime concert vendredi soir à 20 h 30, à l'Amphitéa d’Angers.

Ainsi donc, vous allez diriger votre dernier concert ce soir à Angers. Quelles sont vos impressions ?

John Axelrod : « Je me sens prêt pour ce concert au niveau musical. Après les nombreux concerts donnés à Angers, le public de l'ONPL, si spécial, va me manquer - et je penserai beaucoup à lui lors de ces concerts -, ainsi que les angevins en général: mais je vais rester proche avec les gens ici: dans la pâtisserie Le Jardin des Saveurs, le Bistro Pub, le Grand Café de France, l'atelier kimono. Le spa de jour Sequoia et la bibliothèque anglophone. La librairie Candide et la Pharmacie du Ralliement. La livraison Monoprix ou la bibliothèque musicale. Le restaurant India, Sushi Shop, Al Dente, Entracte, et Le Favre d'Anne. Je connais bien la douceur angevine ».

Que pensez-vous des « Carmina Burana », l’œuvre que vous allez jouer ce soir ? Est-ce une œuvre qui se prète à dire au revoir au public angevin ?  

« Les Camina Burana constituent une oeuvre majeure, qui se prête à tous les grands événements. L'orchestre y est déployé en force et en couleurs, et le chœur et les solistes créent un spectacle tant visuel que sonore. Impossible d'entendre la partition sans visualiser chevaliers, gentes dames, tavernes et châteaux. Chaque fois que je passe proche du château d'Angers, et imagine la cour du bon Roi René, il y a la musique des Carmina Burana qui défile dans ma tête.

Mais le moment important, symbolique pour moi du programme est le Prélude et Liebestod de Tristan et Iseult, l'œuvre que j'ai dirigée avec l'ONPL et l'ANO lorsque j'ai été choisi comme Directeur Musical. Pour moi, avec ce concert final, il y a une complétude, une impression d'avoir fait un tour complet de cette roue. C'est aussi particulièrement satisfaisant d'entendre 4 ans plus tard la même musique: je peux me rendre compte de façon concrète des progrès accomplis. D'autre part, je constate que je suis toujours aussi touché de jouer avec l'orchestre que je l'ai été lors de ma nomination. »

Etes-vous satisfait de votre orchestre à ce jour ? Pensez-vous que l’ ONPL est meilleur aujourd’hui qu’il y a trois ans, c’est-à-dire avant votre arrivée ?

« Je quitte l'ONPL reconnaissant pour ce que nous avons accompli durant ces trois dernières années. Je suis heureux que nous ayons pu engager deux nouveaux super-solistes qui ont su démontrer en peu de temps un niveau de leadership et de professionnalisme qui a contribué à rendre certains concerts merveilleux. Je suis heureux pour l'orchestre car ils ont su insuffler une nouvelle dynamique musicale dans le son et le style de l'ONPL. C'était très important pour donner une unité palpable, gage des phalanges orchestrales qui comptent.

Grâce au soutien des élus, nous avons aussi pu nous faire publier par de grands labels de disques et nous avons reçu des critiques excellentes. Nous avons aussi pu développer notre réputation internationale à travers des concerts, comme durant le prix des ICMA (International Classical Music Awards). Grâce à la qualité de l'orchestre, nous avons aussi constamment suscité de bonnes critiques dans les médias locaux. Tout cela fut important pour le statut National de l'Orchestre.

Grâce à l'appui des autorités locales, nous avons sécurisé un contrat audiovisuel, et l'orchestre disposera d'une nouvelle salle de répétition à Nantes et d'une nouvelle salle de concert à Angers, qui vont soutenir l'orchestre dans l'avenir. Grâce au talent des musiciens, nous avons aussi développé de nouveaux publics et avons été connectés avec de nombreux milieux de la communauté. Cela fut important pour être au service d'une des plus belles régions de France.

Malgré certaines difficultés que nous avons vécues sur scène et en dehors, j'aimerais que vous puissiez comprendre combien tous ont compté pour moi: l'orchestre, l'administration, la régie, les élus et le public. Je suis en certains points la même personne, avec le même enthousiasme et la même énergie, ou les mêmes exigences que lorsque j'ai été souhaité comme Directeur Musical. Cependant, il y a un proverbe en anglais qui dit: "the goal is to grow up, not grow old": nous espérons tous grandir en sagesse plutôt que de simplement vieillir et en certains aspects, j'ai aussi appris sur moi pendant ces trois dernières années grâce à l'orchestre. 

Et j'ai de nombreux souvenirs que j'emporte avec moi: les gens que j'ai rencontrés, beaucoup de ceux qui m'ont accueilli dans leurs magasins ou leurs maisons comme un ami, plutôt que comme un "Maestro". L'ONPL est composé d'individus et d'artistes exceptionnels. Chacun d'entre eux a quelque chose de particulier, qui a ajouté à la valeur de l'orchestre. Et chacun d'entre eux fut important. Même si j'ai eu des différences d'opinions avec certains, et que j'ai souhaité des changements d'attitudes notamment dans le leadership, je souhaiterais remercier chacun d'entre eux pour leur contribution à notre succès commun. »

Et vous, avez-vous appris des choses en dirigeant cet orchestre ? 

« Oui, j'ai beaucoup appris au cours de ces 3 années. J'ai aussi énormément travaillé et dirigé. J'ai appris avec l'orchestre à être plus sensible aux limites et aux habitudes de ceux avec lesquels nous travaillons. J'ai par contre appris rapidement les aspects culturels, concernant le processus cartésien: quelque chose d'absolument nécessaire si l'on veut travailler en France et que nous sommes étrangers. Je me rends compte que mes réactions ont parfois interféré avec notre capacité à trouver un but commun. J'espère que l'orchestre a aussi appris certaines choses sur leurs attitudes, leurs habitudes. De par ces différents apprentissages, nous grandissons tous et murissons. »

Avez-vous des regrets ?

« Les regrets ne sont jamais utiles. Seuls demeurent les leçons apprises.   Bien sûr, j'aurais eu des envies de répertoire: faire plus de concerts avec le merveilleux choeur de l'Orchestre. J'aurais aussi aimé diriger plus d'opéras. Ou collaborer sur d'autres projets avec l'administration. Travailler ensemble pour servir le public, il n'y a que cela qui importe véritablement."

Quel est votre meilleur souvenir avec l’ ONPL ?

« J'en ai trop! De nombreux concerts ont rendus ce chemin très riche. Je garde en mémoire particulièrement notre projet sur Amadeus, le Big Band de Ellington, le nouveau monde de Dvorak,  ou encore la titanesque 1ère Symphonie de Brahms, la sublime symphonie de Schumann no2 qui parle à l'âme, en passant par notre dramatique Pathétique de Tchaïkovski, aux lieder de Berlioz, en passant par la Sérénade de Bernstein, l'Italienne de Mendelssohn au Requiem de Faure, Ma Mère l'Oye de Ravel,  l 'Eventail de Jeanne, ou encore Gershwin à Paris, les Victoires de la Musique, le Remix de Prokofiev ou le Pelléas  de Desplat .

Mais peut-être que mon meilleur souvenir fut le Concerto pour famille et orchestre, tant en concerts que par l'expérience télévisuelle qui l'accompagnait. Ce fut une expression authentique de ma personnalité: créatif comme compositeur, actif comme chef d'orchestre et proche comme papa... et aussi parce que ce fut une expérience qui a donné à certaines personnes plus de sens que ce que peut offrir le simple cadre du concert classique. Un changement dans leur vie. »

Espérez-vous revenir diriger cet orchestre ? 

« Avec le recul, j'aurais aimé savoir il y a trois ans ce que je sais aujourd'hui sur cet orchestre. Je ne suis plus leur Directeur Musical, mais peut-être que le futur nous réservera la possibilité de faire à nouveau de la musique ensemble, avec le même état d'esprit généreux, comme il y a trois années. Je dois aussi dire que je quitte l'ONPL, mais je ne pars pas d'Angers. J'espère continuer à contribuer à la vie musicale de cette ville historique et cultivée. »

Auriez-vous quelques conseils à donner à votre successeur, le chef français Pascal Rophé ? 

« Pascal n'a pas besoin de mes conseils. Il a déjà trouvé sa voie avec l'orchestre, faisant deux tournées au Japon et bientôt en Chine. Ce qui se passe sur le long terme est ce qui compte véritablement. Mais mon conseil est pour l'orchestre: prenez ce que vous avez appris, et bâtissez sur les succès que nous avons pu avoir ensemble. Trouvez un objectif commun avec Pascal Rophé et faites résonner votre talent pour les Pays de la Loire. Devenez pleinement l'Orchestre National que j'ai toujours cru que vous étiez capable d'être, et dont nous pouvons tous être fiers. Il y a quelque chose que j'aimerais encore vous dire: de croire que la musique est un privilège, pas un droit à l'emploi. Je suis honoré d'avoir pu partager ce privilège avec vous, et malgré les moments difficiles, il y avait beaucoup plus de bons moments qui m'ont rendus profondément heureux et qui me confortent dans mon amour de ce métier de la musique, et de la communion possible, profonde, intemporelle entre humains à travers ce médium unique qu'est la musique. »

 

L’ONPL dirigé par John Axelrod dans Wagner et Carl Orff ce soir vendredi, à 20 h 30, Amphitéa d’Angers. De 10 à 29 € (02 41 24 11 20).

 

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