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Angers Affaire Taubira : le témoignage des parents

0 13.11.2013 12:05
Plusieurs dizaines de manifestants s'étaient rassemblés devant le Palais de justice pour huer Christiane Taubira

Plusieurs dizaines de manifestants s'étaient rassemblés devant le Palais de justice pour huer Christiane Taubira

Capture d'image Angers Mag Info

Nous reproduisons  sur notre site Internet l'article publié dans notre édition du samedi 9 novembre. Il donnait la parole aux parents de la fillette qui a exhibé une banane devant la ministre de la Justice, Christiane Taubira.

+ Affaire Taubira : François Morel a lu Le Courrier de l'Ouest et s'excuse

Une « sottise de gamine, sans en mesurer la portée », une « très grosse bêtise digne d’une cour d’école » qui n’aurait jamais dû déclencher autant de réactions « hostiles » et « disproportionnées ». C’est en substance la version des faits que nous ont livrée hier les parents de l’enfant par qui le scandale est arrivé, le 25 octobre dernier à Angers.

Depuis quinze jours, cette famille nombreuse qui habite dans le centre-ville assiste à un déferlement de commentaires, jusqu’au sommet de l’État, fustigeant les mots prononcés par leur enfant de 11 ans, geste à l’appui, et repris spontanément par plusieurs de ses jeunes camarades : « La guenon, mange ta banane ».

« Cette affaire a été instrumentalisée »

Ce refrain d’une poignée de secondes, au milieu d’une « manifestation statique de près de 2 h 30, la plus longue de toutes », a été interprété par une grande partie de l’opinion comme une provocation raciste à l’égard de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, venue ce jour-là visiter le tribunal.

Nos interlocuteurs ne cachent pas leur méfiance à l’égard des médias qui n’ont eu de cesse, à leurs yeux, de décrédibiliser le mouvement de la « Manif pour tous » auquel ils participent activement depuis un an. Mais ce micro tendu leur donne enfin l’occasion de s’inscrire en faux contre cette lecture de la scène. « On ne supporte pas le racisme. Jamais de ça à la maison.

Ce n’est certainement pas notre genre. On a vécu 11 ans à l’étranger, assez pour savoir ce que signifie être différent », soutient le père dont la carrière l’a amené à beaucoup voyager. L’enfant dont il est question, dit-il, est d’ailleurs « née aux Antilles » et a vécu « la moitié de sa vie » en outre-mer et en Afrique où elle a été scolarisée.

S’il ne s’agissait pas d’une intention et d’une expression haineuse, quelles références, dans ce cas, ont bien pu lui inspirer une si mauvaise plaisanterie ? Eux-mêmes ne se l’expliquent pas : « Franchement, je suis incapable de vous dire ce qui a pu lui traverser l’esprit. Elle a dit la guenon comme elle aurait pu dire la girafe », avance-t-il. À moins que ce ne soit ses lectures de Tintin, avec « ces peaux de banane glissées sous les pieds des personnages pour les faire trébucher », qui soient remontées à la surface.

Son épouse ose une autre explication : les déclarations de cette candidate du FN, « reprises en boucle par les médias », exclue de son parti pour avoir comparé la ministre à un singe.

Découvert sur Internet

En tout cas, confirme-t-elle, « ce n’était en rien prémédité. La banane n’a pas été apportée sciemment pour provoquer la ministre. L’ambiance était bon enfant. Il n’y avait aucune agressivité dans les rangs ».

Était-ce une raison pour fermer les yeux ? Là aussi, le couple est formel : « Les adultes présents n’ont rien vu ni rien entendu. Leur voix couvrait celle des enfants ». Ce n’est d’ailleurs qu’en découvrant les images sur Internet, une semaine après les faits, qu’ils ont découvert stupéfaits que l’enfant au centre de la polémique était le leur… Un seul manifestant est intervenu, disent-ils, pour reprocher ces gesticulations. Un passage qui n’a du reste « pas été conservé » dans la séquence tournée par le vidéaste amateur, lequel à leurs dires « épiait les enfants » en quête d’un éventuel « dérapage ».

Ce détail, parmi d’autres, nourrit leur amertume. « L’affaire a été instrumentalisée », reproche la mère de famille. On regrette tous ce que notre fille a dit mais le plus désespérant, c’est que cette polémique détourne l’opinion du problème de fond que nous défendons sans haine ni violence, celui de l’avenir et du bonheur de nos familles, pour focaliser sur un autre débat, celui du racisme, une vraie tarte à la crème ».

Le billet de Morel ne passe pas

Ils gardent en travers de la gorge le billet prononcé par François Morel sur France Inter, intitulé : « C’est pour qui la banane ? C’est pour toi, pauvre petite conne ». « Comment un adulte peut insulter de sang-froid, quatre fois de suite, une gamine de 11 ans », interroge le père. C’est d’autant plus injuste, dit-il, que contrairement à ce que laisse entendre l’humoriste, son enfant « a bien eu la chance d’aller elle aussi à l’école publique ».

Ils ont longtemps hésité à adresser un « pardon » à la ministre. Mais ils ont été trop nombreux à le faire à leur place. « Dans le contexte actuel, ça n’aurait plus de sens ». Ils préfèrent se recentrer sur leur cellule familiale. « Notre enfant a compris sa bêtise. Elle a été assez punie par cette histoire. Mais ça reste une petite fille espiègle, sensible, artiste dans l’âme, que nous devons protéger ».

 

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