Alcool et grossesse : toujours incompatibles

Une femme enceinte peut-elle consommer de l’alcool sans mettre en danger la santé de son enfant à naître ? Selon une étude danoise, la consommation d’alcool en quantité « faible ou modérée » serait sans conséquences sur la santé du fœtus. Le Dr Alain Rigaud, psychiatre addictologue à Reims, reste cependant ferme sur sa position qui est également celle de la communauté médicale : pendant la grossesse, c’est zéro alcool !

Est-ce une coïncidence ? Toujours est-il que c’est la seconde étude du genre. La première qui remonte à 2010, avait déjà fait valoir que « jusqu’à deux verres d’alcool par semaine, il n’y avait aucun risque ». Cette fois-ci, le travail publié dans les colonnes du BJOG : An international Journal of Obstetrics and Gynaecology a été mené par une équipe de l’université de Aarhus, dans le nord du Danemark.

Les 1 628 femmes enceintes prises en compte dans cette étude ont été classées selon leur consommation moyenne hebdomadaire d’alcool. Entre 1 et 4 verres standards d’alcool, leur consommation a été considérée comme « faible ». De 5 à 8 verres, elle a été qualifiée de « modérée », le seuil d’une consommation « importante » étant fixé à 9 verres et plus…

Tous les enfants issus de ces grossesses ont été soumis à l’âge de cinq ans, à des tests de QI prenant en compte différents paramètres de concentration et d’organisation. Selon les auteurs, « aucune différence n’a été observée entre les enfants dont les mères avaient eu une consommation d’alcool faible ou modérée, et ceux dont les mères avaient été totalement abstinentes ». En revanche, au-delà de 9 verres, les enfants ont présenté une baisse de l’attention.

Ne pas ouvrir la porte

Interrogé par l’agence de presse Destination Santé, le Dr Rigaud, psychiatre addictologue et président de l’Association nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) est très réservé sur les résultats de cette étude. « Sur le plan strictement scientifique, cette étude confirme qu’au-delà de neuf verres par semaine, des conséquences sur la santé de l’enfant sont observables ».

Cependant, ce seuil de neuf verres hebdomadaires ne peut absolument pas être pris comme référence « En effet, le niveau d’une consommation d’alcool dénuée de risque n’est pas défini » poursuit-il. « Si l’on tablait sur trois verres par semaine par exemple, une femme enceinte pourrait se croire autorisée à les boire au cours d’une même soirée, chaque semaine. Or à chaque verre, quel que soit l’alcool ingéré, le cœur du fœtus accélère et peut battre jusqu’à 150 fois par minute, soit l’équivalent d’un sprint pour nous. C’est à ce stress que le fœtus risque d’être exposé, de manière répétée ».

Un stress aux conséquences dramatiques. Car les effets de l’alcool sur l’enfant à naître, ne sont pas uniquement cardio-dynamiques. Le syndrome d’alcoolisation fœtale, provoqué par l’exposition d’un fœtus à l’alcool, se caractérise par un retard de développement, un périmètre crânien réduit, une altération du faciès, des troubles psychiques…

Un seuil de consommation sans dangers est difficile à définir avec clarté. Et le message d’abstinence « reste encore flou pour de nombreuses femmes » ajoute Alain Rigaud. Pour toutes ces raisons, il souhaite conserver un message simple et clair : « Zéro alcool pendant la grossesse ! ». Pragmatique, il ajoute également que « si une future maman rencontre des difficultés à suivre cette règle, une consultation chez le médecin peut s’avérer nécessaire ».

 

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