« 80% des cancers de l’enfant sont guérissables »

La maladie est toujours injuste. Mais lorsqu’un cancer frappe un enfant, l’injustice du mal est ressentie comme une fatalité. Or chaque année en France, plus de 1 500 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués chez des enfants... Même « s’ils restent rares » comme le fait valoir le Pr Christian Nezelof, membre de l’Académie nationale de médecine, « les cancers pédiatriques demeurent la seconde cause de mortalité chez les moins de 15 ans, après les accidents de la vie courante ». Cet ancien chef du service d’anatomie et de cytologie pathologiques à l’Hôpital Necker-Enfants malades de Paris, nous en dit plus sur ces cancers au vécu si particulier. Il nous parle également d’une grande figure française – le Dr Odile Schweisguth - qui au milieu du XXe siècle a été l’une des premières à croire à la guérison des enfants.

« Les cancers pédiatriques représentent en fait, moins de 3% des cancers de l’homme » nous explique Christian Nezelof. « Chaque année en France donc, plus de 1 500 nouveaux cas sont diagnostiqués chez les moins de 15 ans. En cela, les statistiques ne bougent pas ». Pour notre spécialiste, cette stagnation désigne la génétique comme la principale responsable de ces maladies. « Car si les facteurs de développement du cancer sont bien identifiés chez l’adulte – tabac, rayons UV, alimentation… - chez les enfants en revanche, les causes en sont moins connues ».

Selon la Ligue contre le Cancer, « les leucémies aiguës et les cancers des organes lymphatiques comptent pour 40 % de ces maladies malignes de l’enfance. Tandis que 60 % sont représentées par diverses variétés de tumeurs dites solides, qui sont très différentes des cancers de l’adulte ». Pour Christian Nezelof, « les deux tiers de ces tumeurs sont des ‘blastomes’, c’est-à-dire des tumeurs embryonnaires. Elles ne se rencontrent pratiquement que chez l’enfant, avant l’âge de 5 ans

L’importance du dépistage

« La plupart du temps, un ou plusieurs symptômes doivent alerter les parents » insiste-t-il. « Ce peut être une masse, une grosseur au niveau abdominal par exemple. Elle peut marquer un neuroblastome ou un néphroblastome. Le signe d’alerte d’une leucémie, c’est l’anémie. En ce qui concerne les tumeurs au cerveau, la migraine est le symptôme principal. Dans tous les cas, une pâleur de l’enfant, une perte d’énergie ou de poids rapides doivent pousser à consulter ».

Le traitement : jamais décidé dans l’urgence

« Pour préserver les chances et la qualité de la guérison, il est important de ne pas traiter précipitamment, ni dans la confusion. Il est nécessaire de définir le meilleur traitement ». Christian Nezelof évoque ainsi, avec un certain abattement, l’époque où la chirurgie était la seule solution proposée. « Jusqu’à la moitié du XXe siècle, on essayait de retirer la tumeur. Il faut avouer que les résultats s’avéraient plus que médiocres. Le grand tournant, nous le devons à un pathologiste américain. Au début des années 1940, Sidney Farber a découvert l’utilisation des antagonistes de l’acide folique, qui bloquent la croissance des cellules, dans le traitement de la leucémie. Il est en fait, le père de la chimiothérapie. Il faut savoir que les tumeurs de l’enfant, si elles naissent précocement, meurent aussi rapidement sous l’effet de la chimio ! »

Des résultats qui résonnent en France, et en Europe

C’est à la fin des années 1940 que l’oncologie pédiatrique s’est vraiment développée en France. Son émergence s’est faite sous la houlette d’une figure chère à Christian Nezelof : le Dr Odile Schweisguth. « Cette forte tête est en réalité à l’origine du premier service spécialisé en Europe, basé à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif. Il est alors de taille modeste, puisque il n’est composé que de quatre pièces réunissant 10 lits. C’est en fait elle, la mère de l’oncologie pédiatrique. Elle s’est attachée à identifier et à classer les différents types de cancers infantiles. Elle a fait naître une idée qui n’était pas évidente à l’époque : elle a cru à la guérison des jeunes patients. Elle a pris en charge des malades dont personne ne voulait. Elle était persuadée que des progrès étaient possibles, tant sur le plan médical que sur le plan humain. Ainsi connaissait-elle tous ses patients par leur nom… »

Dès lors, Odile Schweisguth apparaît comme la figure incontournable du combat contre les cancers pédiatriques. « Elle a formé nombre d’actuels professeurs en cancérologie, aussi bien français qu’européens. C’est à elle que nous devons la création en 1969, de la Société internationale d’Oncologie pédiatrique, la SIOP. Ce nouvel intérêt provoque des progrès rapides de la recherche. Les chimiothérapies et les radiothérapies ont pour leur part, permis de passer d’un taux de guérison de 25% au début des années 1970, à 80% aujourd’hui ».

« Obtenir une guérison à moindre peine »

« Un malade qui survit la première année a peu de chances de récidiver » s’enthousiasme le Pr Nezelof. « Actuellement, face à une leucémie aiguë, on guérit dans 65% à 90% des cas. Il n’y a pas si longtemps, ce type d’affection était synonyme d’une condamnation à mort. Même si dans certains cas les traitements peuvent avoir des effets délétères, comme une déformation vertébrale due à un surdosage, notre objectif actuel est d’obtenir une guérison à moindres conséquences. Car soyons optimistes, aujourd’hui les cancers de l’enfant sont guérissables ».

Aller plus loin Le département de Cancérologie de l’Enfant et de l’Adolescent de l’Institut Gustave Roussy, est encore aujourd’hui un leader européen en oncologie pédiatrique. Cliquez ici pour en savoir plus sur l’accueil des enfants et de leurs familles au sein de ce Département.

 

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